Introduction
La France et l’Histoire
Il y a des pays sans histoire. La France n’est pas de ceux-là. Depuis que l’homme est apparu sur le continent eurasiatique, il se passe quelque chose dans l’espace aujourd’hui connu sous le nom de « France ».
Un peuplement précoce: on ne peut voyager aujourd’hui en France sans tomber sur quelque site préhistorique. La Bretagne en fourmille, le Sud-Ouest en regorge. On trouve du « néolithique » dans toute la Provence, dans le Massif central, dans les Alpes, et même dans la banlieue parisienne. L’ardeur des chercheurs et des curieux multiplie ces trouvailles, et les champs de fouilles ouverts par des amateurs alimentent les musées locaux et régionaux. C’est un amateur qui a mis au jour le vase de Vix; sur qui se sont penchés, depuis, tant d’éminents savants.
Le pays tout entier est un musée. Les Marseillais veulent-ils construire un immeuble place de la Bourse? Ils mettent au jour le vieux port phocéen. On creuse à Paris un parking devant Notre-Dame? On tombe sur une villa mérovingienne. En remuant son champ de betteraves dans les plaines du Nord, un paysan met au jour une importante sépulture mérovingienne. Gageons que s’il prenait fantaisie à un riche Persan d’acheter l’ensemble du territoire française et de le faire fouiller mètre par mètre, il n’y a pas beaucoup de régions où il ne ferait des découvertes. Un passé d’une grande richesse et d’une grande variété, dont nous ne connaissons que des bribes, des fragments discontinus, dort dans notre sol.
Pour des raisons sans doute géographiques, le peuplement de la France a toujours été relativement homogène. Les régions qui composent la France d’aujourd’hui, ainsi que les pays francophones des frontières, ne se sont jamais ignorées les unes les autres. Depuis la conquête de Jules César, les fameuses « voies romaines » ont sillonné le territoire, favorisant les contacts. Même avant les routes terrestres, il y avait les fleuves, les calmes rivières de France, qui pénètrent et relient la plupart des régions. La Seine, la Loire et la s’enfoncent loin vers l’intérieur. Elles sont partout navigables pour de petites embarcations. Si le Rhône et le Rhin, très violents, sont plus des frontières que des routes, les affluents des grandes rivières irriguent chaque tissu régional: la Dordogne aux rives fertiles, le Cher et l’Allier, l’Indre et la Vienne, la Marne et l’Oise… Il y a, dans le Nord et dans l’Est, de beaux cours d’eau calmes et lents: la souriante Moselle, si appréciée des Romains qui plantèrent sur ses bords la vigne, la Meuse et la Sambre, et tous les cours d’eau de la plaine du Nord. La France est un pays humide, où la pluie et l’eau courante ne sont pas comme en Grèce un miracle, ou comme en Egypte une exception. Et ses rivières n’ont pas de cataractes.